L’azuré du serpolet ssp ligurica, Maculinea arion ligurica
Cette espèce diurne, dont la biologie est très particulière, a été retrouvée dans une unique station du Centre Corse en 2009. Depuis, les entomologistes de l'OCIC ont découvert 7 stations nouvelles, mais l'espèce reste très rare en Corse. Un Plan Régional d'Actions lui est consacré sur l'île.
Description
Mâle Femelle
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De manière générale, les papillons du genre Maculinea (récemment modifié en Phengaris) sont très polymorphes, et les variations d’un individu à l’autre peuvent être importantes.
En vue de dessus, le fond des ailes est bleu pâle brillant. Les ailes antérieures présentent des dessins noirs à contours extrêmement nets (généralement plus étendus et parfois confluents chez les femelles). Des points noirs submarginaux sont souvent présents sur les ailes postérieures.
Vu de dessous, le fond des ailes est gris pâle, parfois jaunâtre, avec sur les ailes postérieures un lavis basal bleu verdâtre réduit.
En Corse, les individus de la sous espèce ligurica sont rarement de plus grande taille que ceux de la sous espèce nominale.
Les espèces proches
Mâle Femelle
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Maculinea alcon rebeli
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu vif, sans taches noires marquées.
La femelle présente un fond brun saupoudré de bleu dans l’aire basale et discoïdale, avec généralement des taches noires de taille et de nombre variable. Certains individus présentent un fond brun saupoudré de bleu seulement dans l’aire basale.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond brun gris avec un lavis basal bleu assez réduit.
Mâle Femelle
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Celestrina argiolus
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu ciel, avec d’étroites bordures noires élargies vers l’apex des ailes antérieures.
La femelle présente un fond bleu, avec de larges bordures noires.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond blanc grisâtre avec des taches noires peu visibles.
Mâle Femelle
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Everes alcetas
Le principal critère consiste en la présence de courtes queues sur les ailes postérieures.
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu avec fines bordures noires.
La femelle présente un fond marron noir uniforme (pas de bleu).
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond gris clair avec des taches noires peu marquées.
Mâle Femelle
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Glaucopsyche alexis
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu violet satiné, avec des bordures marginales noires étroites.
La femelle présente un fond brun, avec l’aire basale des deux ailes généralement bleue (critère variable).
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond gris cendré, sans points noirs marginaux et submarginaux.
Mâle Femelle
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Lampides boeticus
Le principal critère consiste en la présence sur les ailes postérieures de taches anales (points), et d’une queue.
Le mâle vu de dessus présente un fond violet bleuâtre, avec une bordure brune étroite.
La femelle présente un fond brun, avec les aires basales et discales violet bleu.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond fauve grisâtre, avec des bandes transversales blanches et grisâtres, et deux petits ocelles.
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Plebejus argus corsicus
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu violet, avec une bordure noire assez large.
La femelle présente un fond marron, avec forte suffusion basale bleu violet.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond brun grisâtre, avec des points noirs annelés de blanc, et des lunules (taches) orangées.
Mâle Femelle
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Plebejus bellieri 
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu violet, avec une bordure noire diffusant le long des nervures.
La femelle présente un lavis basal bleu aux deux ailes.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre des taches noires triangulaires submarginales surmontant des lunules orangées. Le fond est gris jaunâtre pâle chez le mâle, et gris brunâtre chez la femelle.
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Polyommatus corindon 
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu pâle (critère variable), avec une bordure marginale noirâtre diffusant le long des nervures, et une ligne marginale précédée de points noirs ronds bordés de blanc.
La femelle présente un fond brun parfois suffusé de bleu, avec des lunules orangées submarginales surmontant des points noirs soulignés de clair à la base.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre des taches noires triangulaires surmontant des lunules orangées (visible surtout chez la femelle), et une tache blanche cunéiforme (triangulaire) sur la nervure 4, atteignant les lunules orangées. Le fond est gris pâle chez le mâle et au niveau des ailes antérieures de la femelle, qui présente un fond gris brunâtre sur les ailes postérieures.
Mâle Femelle
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Polyommatus icarus
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu violet clair, d’aspect soyeux, avec une bordure noire et de fines lignes marginales noirâtres sur les nervures.
La femelle présente un fond brun (parfois lavé de bleu), avec des lunules orangées submarginales surmontant des points noirs soulignés de clair à la base.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre des dessins noirs petits, mais largement bordés de blanc, des taches noires triangulaires surmontant des lunules orangées, et une tache blanche cunéiforme  sur la nervure 4, atteignant les lunules orangées. Le fond est gris cendré chez le mâle, et brun avec des dessins marqués chez la femelle.
Mâle Femelle
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Pseudophilotes baton
Le mâle vu de dessus présente un fond bleu cendré violacé clair, avec une étroite bordure noire.
La femelle présente un fond brun noir, avec un semis basal bleu violet variable.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond gris clair à gris brun, avec des taches noires submarginales triangulaires surmontant des lunules orangées.
Mâle Femelle
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Scolitantides orion
Le mâle vu de dessus présente un fond marron noirâtre, avec des dessins variables, et une forte suffusion basale et discale bleu brillant entre les nervures.
La femelle présente sur les ailes antérieures une suffusion bleue réduite à l’aire basale.
Quelque soit le sexe, le dessous des ailes montre un fond blanchâtre, avec des dessins noirs de grande taille, et des taches noires triangulaires submarginales surmontant des lunules orangées.
Biologie, écologie et comportements
Thymus herba-barona
Les adultes émergent et se reproduisent de juin à mi août. La biologie des Maculinea est très particulière : toutes les espèces du genre sont myrmécophiles. La jeune chenille se développe sur sa plante hôte (thym -Thymus herba-barona, ou origan -Origanum vulgare qui est la seule plante hôte attestée en Corse jusqu'à présent) jusqu’à son 4ième stade (les œufs sont déposés sur les boutons floraux dès mi-juin). Ensuite, elle se laisse tomber au sol, où elle attend qu’une fourmi du genre Myrmica la trouve (si aucune fourmi ne la trouve, la larve meurt). Lors d’un rituel, la chenille se fait reconnaître par la fourmi comme si elle était une larve de Myrmica, et la fourmi la transporte soigneusement dans sa fourmilière. La chenille peut alors dévorer les larves et les nymphes de la fourmilière, en échange d’un liquide sucré que produisent ses glandes dorsales (dites glandes de Newcomer), et dont les Myrmica sont friandes. La nymphose s’effectue dans la fourmilière ; l’émergence se produit 3 semaines plus tard, et l’imago quitte immédiatement la fourmilière. En Suisse, c’est Myrmica sabuleti qui est la fourmi hôte, alors qu’en France ce serait Myrmica scabrinodis. Ces deux espèces sont présentes en Corse, mais selon les travaux menés par l'OCIC et ses partenaires, c'est une autre espèce de Myrmica qui joue le rôle d'hôte en Corse, M. spinosior.
Répartition et abondance
Maculinea arion ligurica se rencontre principalement à basse et moyenne altitude, mais on peut l’observer jusqu’en haute montagne. Il est signalé par différents auteurs comme rare et localisé dans les collines, fréquentant les friches sèches et les bois clairs. Avant sa redécouverte en 2009, la dernière station connue (détruite depuis) était située dans la région de Corte (2 observations en 1986 par L. Manil).
Menaces éventuelles
En France, Maculinea arion est présent sous forme de petites colonies, dont la répartition est étendue mais la distribution très fragmentée. L’espèce a totalement disparu des Pays-Bas (en 1950), de Belgique (en 1973) et du Royaume-Uni (en 1979). Au Danemark elle n’existe que dans 2 localités. Dans toute l’Europe, cette espèce menacée par la disparition de son habitat est rare ou vulnérable. L’espèce est (ou était) rare en Corse : les mentions de capture sont peu nombreuses et très espacées (1880-1925 et 1960-1979). D’après plusieurs auteurs, cette rareté pourrait être liée à la destruction répétée par le feu de plusieurs sites de vol reconnus (Mont Pozzo di Borgo, golfe d’Ajaccio, Cortenais …).
Propositions de gestion
Les actions menées par l'OCIC ont permis de localiser en Corse les principales populations, et d’identifier précisément la plante et la fourmi hôte, ce qui permet la mise en œuvre de mesures de gestion appropriées. Le MNHN signale que la principale cause de la régression des populations de Maculinea arion est la destruction de leur habitat, qu’il faut protéger par la création de réserves, où une gestion adaptée sera mise en place. La surveillance des populations est actuellement réalisée dans le cadre du Plan Régional d'Actions "Maculinea".
Statut / Protection
C’est l’espèce Maculinea arion qui fait l’objet de mesures de protection.
Bibliographie
  • Andrei-Ruiz M.-C., 1997 - Etude du statut des insectes de la Directive Habitats (annexe II et IV) présents en Corse. Rapport AGENC pour le PNRC, 53 pages.
  • Brusseaux G. & Nel J., 2004.- Révision de la liste-inventaire de Charles E. E. Rungs (1988) des Lépidoptères de Corse. Supplément au tome XIII de la revue RARE, 145 pages.
  • Cazewitz-Weulersse J., 1989 - Contribution à la connaissance des fourmis de la Corse (Insecta, Hymenoptera : Formicinae). Thèse de Doctorat (nouveau régime) de l’Université Pierre-et-Marie-Curie, Paris, 337 pages.
  • Cazewitz-Weulersse J., 1990 - Etude des peuplements de fourmis de la Corse (Hymenoptera, Formicinae). Rev. Ecol. Biol. Sol, 27 (1) : 29-59.
  • Coulondre A., 1987 - Observations sur quelques espèces diurnes et nocturnes de Corse. Alexanor, 15 (1) : 37-40.
  • Leestmans R., 1965 - Etude biogéographique sur les Lépidoptères diurnes de la Corse. IV : Catalogue des Lépidoptères diurnes de la Corse. Alexanor, 4 : 113-120.
  • Manil L. & Diringer Y., 2003 – Excursion entomologique en Corse (juin 2003). Note sur les conséquences des incendies sur une population de Papilio hospiton Géné. Bulletin des lépidoptéristes Parisiens, Vol. 12, N° 25 : 42-45.
  • Van Helsdingen P. J., Willemse L. & Speight M. C. D., 1996 - Background Information on Invertebrates of the Habitats Directive and the Bern Convention, Part I. Council of Europe, Strasbourg, 217 pages..
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