Le porte-queue de Corse, Papilio hospiton
P. hospiton est une espèce diurne, endémique stricte de la Corse et de la Sardaigne.
Description
Dessus Dessous
P. hospiton présente peu de variations individuelles, hormis l’extension plus ou moins grande des suffusions noires. Il n’y a pas non plus de dimorphisme sexuel marqué.
Les queues portées par les ailes postérieures sont courtes.
En vue de dessus, l’ocelle de l’angle anal est aplati transversalement, rouge foncé, entièrement cerné de noir. Les rangée de taches sur l’aile postérieure sont bicolores ou tricolores et souvent triangulaires. On notera la présence sur l’aile antérieure d’une bande noire postmédiane d’aspect dentelé, en zigzag (critère très visible en vue de dessous). 
Les espèces proches
Dessus Dessous
Papilio machaon
P. machaon dont les ailes sont moins chargées de noir, présente généralement un aspect moins « grisâtre » que P. hospiton. Les queues portées par les ailes postérieures sont environ deux fois plus longues.
En vue de dessus, l’ocelle de l’angle anal est rond, rouge vif, et sans bordure noire entre le rouge et la suffusion bleuâtre. Vu de dessous, on notera l’aspect linéaire de la bande noire postmédiane (aile antérieure).
Dessus Dessous
Iphiclides podalirius
Globalement « noir et jaune », avec des taches de couleur semblables, I. podalirius peut attirer le regard de l’observateur averti comme débutant. Le vol est toutefois différent : « plané » plutôt que « battu », et les ailes postérieures portent des queues environ quatre fois plus longues que P. hospiton, effilées et terminées par une tache claire.
Les ailes sont « zébrées » de suffusions noires globalement perpendiculaires aux nervures.
Biologie, écologie et comportements
Ferula communis
P. hospiton présente des émergences très échelonnées dans le temps (deux mois minimum). La femelle pond ses œufs isolément, au gré de son vol. L’éclosion se fait 8 à 10 jours après la ponte. Une dizaine de jours s’écoulent ensuite entre chaque stade. La chrysalide hiverne, et l’émergence se produit l’année d’après, à partir du mois de mars (à basse altitude).
Cependant, quelques observations montrent une tendance à développer une seconde génération partielle en juillet.
Le biotope préférentiel de P. hospiton est le maquis des régions montagneuses, là où ses plantes nourricières, principalement des Apiacées, poussent en quantités suffisantes.
Les principales plantes nourricières des chenilles sont : Ferula communis (basse à moyenne altitude) ; Peucedanum paniculatum (moyenne altitude) ; Ruta corsica (en altitude).
D’autres plantes sont consommées, comme Pastinaca latifolia et P. divaricata ; ou encore Laserpitium halleri cynapiifolium. P. hospiton est une espèce oligophage.
Le papillon est nectariphage. Il butine de nombreuses plantes à fleurs, avec une certaine préférence pour les fleurs roses ou bleues.
Répartition et abondance
Le porte queue de Corse peut s’observer du littoral jusqu’à même 2000 mètres, avec toutefois une préférence pour la moyenne altitude.
Rarement abondant, il peut cependant se rencontrer aussi bien en populations denses qu’en individus dispersés. Ses colonies sont instables d’une année sur l’autre, et peuvent régresser ou au contraire augmenter rapidement, ce qui rend difficile l’appréciation de son statut.
Menaces éventuelles
Dinotomus violaceus
Il existe indéniablement un impact des incendies (ou a contrario un impact de la fermeture des milieux). Divers prédateurs peuvent s’attaquer à l’hospiton, mais les chenilles disposent d’une glande exsertile bifide, appelée osmeterium, qui dégage une odeur nauséabonde à effet dissuasif. De plus il pourrait exister une certaine toxicité des chenilles liée à leur consommation de plantes elles-mêmes toxiques, qui les rendrait peu appétissantes pour la plupart de leurs prédateurs potentiels. Il existe également des parasites (Hyménoptères Ichneumonidae, Trogus lutorius et Dinotomus violaceus, mais aussi Braconidae, ou encore des Diptères). Une menace importante concerne les prélèvements de collectionneurs… Toutefois, P. hospiton est une espèce bien adaptée au milieu insulaire, qui “s’auto-protège” par son comportement (hill-topping, grande fugacité des adultes) et par sa large répartition.
Propositions de gestion
La conservation de P. hospiton passe évidemment par le maintien de son habitat naturel. Il faut garantir la protection de son habitat par un contrôle de l’activité touristique, éviter la fermeture du milieu en y maintenant une gestion rationnelle (pâturage modéré), tenter de prévenir les incendies qui ravagent ses stations.
Il convient également de rechercher des moyens de lutte plus efficaces contre l’exploitation commerciale de P. hospiton (prélèvements de larves âgées dans la nature pour obtenir des adultes parfaits qui seront ensuite illicitement vendus aux collectionneurs).
Le MNHN préconise d’assurer un contrôle périodique des populations de P. hospiton, ce qui devrait être mis en place prochainement par l’OEC (OCIC).
Statut / Protection
P. hospiton est une espèce endémique, donc particulièrement menacée. Elle est protégée aussi bien au niveau national qu’international.
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